La recherche sur les tendinites a beaucoup avancé ces dernières années, ce qui a permis aux praticiens d’ajuster leurs traitements, afin d’améliorer considérablement la gestion et la rééducation de celles-ci. Mais à priori, l’internet français n’as pas été prompt à relayer ces informations. En effectuant une recherche avec le mot-clé « tendinite » je me suis aperçu que les informations glanées sur les différents sites plus ou moins médicaux recensaient beaucoup d’informations que nous savons aujourd’hui être inexactes. Ces informations peuvent même être dangereuses car elle ne permettent pas de faire un choix éclairé quant à la façon d’adapter son quotidien suite à cette pathologie.

Les deux principaux mythes qui persistent au sujet des tendinites sont l’effet du repos complet et de l’étirement sur le tendon.

(Le terme tendinite désigne une inflammation d’une partie bien précise du tendon et est utilisé par abus de langage pour désigner les douleurs au tendon. Le terme correct pour désigner ces douleurs au tendon est tendinopathie.)

 

Tendons, repos et contraintes mécaniques

Le tendon se développe sous l’effet des contraintes mécaniques, tout comme un muscle ou un os. Ainsi, pour les os par exemple, l’absence de contrainte entraine une diminution de sa densité et donc de sa solidité. Pour les muscles, l’absence de contrainte entraine une fonte de la masse musculaire et une diminution de la force.

Il en va de même pour un tendon. S’il n’est pas exposé à des contraintes mécaniques, il perd en résistance et devient de moins en moins capable de supporter la charge de travail qui lui est demandée.

A l’inverse une charge optimale lui permet de conserver ses capacités mécaniques, et permet même de le rendre plus fort et plus résistant [1].

Cependant, une quantité excessive de contrainte, par rapport à ce que votre tendon est habitué à supporter, va avoir tendance à déclencher une irritation de celui-ci.

Effet Contrainte tendon

Utilisation du repos et des contraintes dans le traitement des tendinopathies

Au vu des éléments précédents, le repos du tendon doit être toujours le plus court possible dans le cas de tendinopathie et si possible seulement partiel. En effet, bien souvent une simple diminution des contraintes subies par le tendon est suffisante pour obtenir le résultat recherché par la mise au repos. Un repos excessif entrainerait une diminution importante de la résistance du tendon, ce qui n’est évidemment pas une bonne chose.

Par exemple, chez un coureur, le repos partiel du tendon d’Achille peut être de seulement diminuer la vitesse de course, ou bien la longueur des sorties, pour que les symptômes se calment.

Ensuite, et dès que le tendon le permet, il sera alors indispensable de l’exposer à une augmentation progressive des contraintes. Et ce, jusqu’à atteindre le niveau de résistance nécessaire à la pratique de l’activité voulue [2].

Si l’on résume cela, le repos joue un rôle important dans le traitement des tendinopathies à travers la réduction des contraintes que reçoit le tendon. Mais pour éviter tout effet contreproductif du repos, celui-ci doit être le plus partiel et le plus court possible.

Il sera ensuite nécessaire de trouver le niveau de charge optimal à lui appliquer, afin de le renforcer.

 

BOOM AND BUST

Une des causes principales d’échec de traitement des tendinopathies est la mauvaise gestion du repos et des contraintes. C’est l’effet « Boom and Bust ».

En effet, le schéma classique consiste en un repos trop important du tendon, ce qui d’un côté calme effectivement les symptômes, mais de l’autre, rend le tendon moins résistant. Lorsque les symptômes sont inexistants, la personne reprend son sport, plus ou moins à la même intensité qu’avant. Le tendon est donc non douloureux mais, suite à l’effet du repos, il est aussi moins résistant qu’avant l’arrêt. Il s’irrite alors de nouveau, plus tôt et souvent plus fort, ce qui va donner ce type de courbe pour un coureur :

Courbe Boom and bust tendinite

Après trois semaines de repos complet suivant la douleur initiale, à la reprise de la course (semaine 8) le kilométrage fait par ce coureur est trop élevé pour le tendon, ce qui lui déclenche encore des douleurs. Du coup, il s’arrête de nouveau complètement, son tendon perd encore en résistance et lors de la reprise suivante (semaine 12), sa douleur arrive pour un effort encore moins important. Sa courbe globale va vers une restriction progressive de sa capacité à courir.

Voilà ce que l’on chercherait plutôt à mettre en œuvre :

Boom Bust Tendinopathie

Suite à la douleur initiale, l’activité du tendon est réduite mais non arrêtée. Puis, progressivement, le tendon est exposé à de plus en plus de contrainte, pour lui permettre de se renforcer et ainsi être capable de courir à nouveau 20km/semaine.

Ceci est transférable à n’importe quel sport ou activité. Suite au repos partiel, la reprise des mouvements (ou activités) responsable des douleurs est toujours à effectuer de manière progressive. 

Pour résumer :

  • les tendons ont besoin de contrainte, il faut juste savoir quelle est la bonne quantité de contrainte dont à besoin votre tendon à un instant donné.
  • Les tendons sont bien fait, leur capacité maximum à supporter des contraintes n’est pas fixe et s’adapte en fonction du niveau d’activité que vous avez.
  • Le repos complet entraine une diminution de la résistance du tendon, un effort adapté augmente cette même résistance.

 

Etirement et tendinopathie

« Vous avez mal au tendon, étirez-le ! » on entend encore bien souvent ce conseil. Malheureusement l’étirement du complexe muscle/tendon lorsque celui-ci souffre d’une tendinopathie risque de vous faire plus de mal que de bien.

De nombreuses études ont mis en évidence l’impact des forces de compression sur le tendon. Dans un article faisant état de la recherche à ce sujet Cook et Purdam en 2012 [3] ont montré que lorsque la force tensile (dans le sens des fibres) et la force de compression (perpendiculaire aux fibres) sont associées, il en résulte une plus forte altération du tendon.

IMG_0249Lors d’un étirement, et pour de nombreux muscles cités dans le tableau que vous trouverez un peu plus loin dans l’article, les forces de compression et les forces tensiles sont augmentées car le tendon se retrouve fortement appuyé contre un relief osseux. Voici l’exemple de ce qu’il se passe dans un étirement des ischio-jambiers par exemple.

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Dès lors que l’étirement augmente les contraintes supportées par le tendon, il est déconseillé d’étirer le tendon douloureux dans la phase algique (douloureuse) d’une tendinopathie, où l’objectif nº1 est justement de réduire les contraintes. (Il peut être  éventuellement utile d’étirer d’autres muscles, discutez en avec votre praticien)

A moyen terme, et notamment pour réduire ces forces de compression lors de l’effort, il peut être intéressant d’augmenter la longueur du complexe muscle/tendon.
L’étirement peut alors faire éventuellement partie de l’arsenal de techniques employé par votre thérapeute pour éviter la récidive.
Néanmoins de récentes études ont montrées que les exercices excentriques sont au moins aussi efficaces que les étirements pour augmenter la longueur de ce complexe.
Dans la mesure où les exercices excentriques ont aussi l’avantage d’augmenter la résistance aux contraintes du tendon, et d’être un excellent moyen de se protéger des blessures, il peut être judicieux de les prioriser face au étirements. [4]

Tableau adapté de COOK et PURDAM 2012

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Dans le prochain article nous verrons quelles sont les options de traitement recommandées par la littérature scientifique récente.

A retenir de cet article :

  • Le repos complet n’est que très rarement une solution dans le traitement des tendinopathies. A la place, lui préférer un repos partiel d’une durée la plus courte possible (à évaluer avec votre thérapeute), puis une remise en contrainte progressive.

  • L’étirement du tendon concerné en phase douloureuse est à éviter dans la majorité des cas. Cependant, lorsque le tendon n’est plus douloureux, afin de réduire les risques de récidive, il peut être intéressant de commencer progressivement à l’étirer.

 

 

 

Paul Lainé, Kinésithérapeute DE, spécialiste des pathologies du sport au cabinet PhysioMotion.

 

Référence :